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À Dakar, la nouvelle dope s’appelle… Dopeboy DMG

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Rencontre dans la capitale sénégalaise avec Dopeboy DMG, première signature du nouveau label africain de Booba, 92i Africa.

L’histoire de Dopeboy pourrait se raconter sans échanger un seul mot, simplement en observant les tatouages sur ses bras. Une carte de l’Afrique, et l’indicatif du Sénégal (221) ne laisse aucun doute sur sa nationalité. Le dessin d’une couronne posée sur une pile de livres indique qu’avant de manier le micro, le jeune rappeur a passé un bac littéraire. Les mots « Believe » et « Hope » résument l’un de ses grands principes : toujours croire en son destin. Enfin, des notes de musique plus noires que sa peau rappelle que le rap est à la fois sa passion et son métier. 

Du respect et des insultes

Depuis plusieurs années, le rappeur de 26 ans se consacre pleinement à son art. Il s’est enfermé une année entière en studio pour maitriser les différents aspects de la production, perfectionner son écriture, aiguiser son sens mélodique, et s’initier au beatmaking. Le résultat est un bond artistique spectaculaire qui aboutit aujourd’hui à des tracks ciselées, tel le morceau « Dakar Drill », entre rimes salement kickées et lignes de chant vocodés. « La drill vient de Chicago, mais elle s’est exportée en Angleterre avec une différence importante dans les productions. Celle de Dakar, c’est encore autre chose avec le wolof. Je le mélange avec du français et de l’anglais, c’est ma particularité. » Dans une langue ou une autre, les punchlines de Dopeboy ressemblent aussi à ses bras tatoués : des images fortes, intenses, qui font se lever les foules à chaque concert et qui couchent la concurrence à chaque freestyle. Sur le titre « Zero Respect », il débite : « Keneu si niom défou ma effet comme doli xorom si guéthieu ». Traduisez : « Ces MCs ne me font aucun effet, leur rap est comme lancer du sel dans la mer. » 

En France, quand on parle de rap sénégalais, les noms des illustres Daara J et Positive Black Soul reviennent irrémédiablement, comme si rien n’avait bougé depuis le siècle dernier. Ces grands frères ont posé des fondations solides avec leur lyrics conscients mais les jeunes ont bousculé le game, et ils assument : « Maintenant, ça tire dans tous les sens, explique Dopeboy. Il n’y a plus vraiment de cadre. Tu peux parler de n’importe quoi, ça insulte, c’est la jeunesse d’aujourd’hui. » Il serait pourtant réducteur de l’enfermer dans un rôle de jeune chien fou écervelé. Dans son nouveau titre « Respect » par exemple, il envoie de la force à ceux qui zonent les poches vides sous le soleil brulant : « C’est un son pour les gens à qui l’on manque de respect à cause du manque d’argent. Ça parle de se donner à fond dans ce que l’on fait pour gagner l’estime des amis et de la famille. C’est positif, un genre de motivation. »

Un rappeur un peu louche

Il faut arpenter les trottoirs bosselés de Dakar pour sentir l’effervescence artistique évidente qui n’apparait pas (encore) dans les algorithmes des plateformes de streaming. Bientôt, cette ville enfantera une star internationale du rap, le doute n’est plus permis. Tous les postes de radio des taximans en témoignent, comme les téléphones portables de la jeunesse sénégalaise, et les petites télés qui diffusent des clips dans les dibiteries de quartier. La trap, la drill, et les nouveaux styles urbains ont été adapté localement par des meutes de jeunes rappeurs au talent détonnant. Le label Reptyle Music, dans lequel Dopeboy a commencé il y a quelques années, a fait sa réputation avec les célèbres Dip Doundou Guiss, Samba Puzzi, Elzo Jamdong et beaucoup d’autres. Au sein de cette équipe de snipers microphoniques, Dopeboy n’était ni le plus célèbre ni le plus bruyant, mais peut être le plus singulier : « J’ai toujours été le mec calme, à la maison comme à l’école. Celui qui ne parle à personne, qui reste dans son coin, un peu che-lou. Je pense que les gens se disaient souvent : « Qu’est ce qui ne va pas avec lui ? » Mais je commence à changer, je fais des efforts, il le faut. »

Sa rencontre avec Jean-Pierre Seck, producteur franco-sénégalais (notoire pour ses disques d’or avec Lunatic et Booba) qui est revenu s’installer récemment à Dakar, a permis à Dopeboy de nourrir de nouveaux espoirs sur son label Allmade : « C’est important d’avoir un mec comme Jean-Pierre à Dakar, car nous avons beaucoup de mal à faire sortir nos sons du territoire. En ce moment, il n’y en a pas de rappeurs sénégalais qui pètent à un niveau international. » Pour Dopeboy, il est urgent que le Sénégal abatte ses meilleurs jokers et se révèle comme un réservoir fertile de MCs et de chanteurs urbains. Car la démocratisation des moyens de communication a nivelé le rap continental vers le haut, New York et Paris se sont rapprochées de Dakar et Lagos. Jean-Pierre Seck assure que les scènes locales peuvent exister sur un marché global sans se dénaturer : « Il n’y a pas de perte d’identité, ou de crainte de perte d’identité. Si vous prenez les Nigérians par exemple, ce sont un peuple fier, et ils ont bien su adopter les codes internationaux tout en gardant leur culture. Leur musique, ce n’est pas celle des États-Unis, mais il y a cette exigence de qualité tout en conservant leur identité. » 

Source www.pan-african-music.com

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